Les Cités végétales de Luc Schuiten sont des écrins de chlorophylle, où monter sur le toit d’un bâtiment, c’est être dans la canopée. Elles évoquent un retour à un état originel, juste et rationnel, dans lequel l’homme est en symbiose avec son environnement. On pourrait penser, en lisant ces lignes, que ses dessins représentent des univers pré-industriels ou préservés des affres de la civilisation moderne, pourtant c’est au cœur de l’espace urbain en l’An… 10000 que l’artiste nous transporte. Regrettant la vision à court-terme (« de la durée d’un mandat ») des décideurs, Luc Schuiten revendique se projeter dans plusieurs siècles, voire millénaires. Il concède un brin d’exagération, mais précise en souriant que c’est « pour mieux marquer les esprits ». A ce propos, dans la préface du livre « Vers une cité végétale »*, Pierre Loze souligne un paradoxe : « Tel qui se rit d’anticipations si lointaines et improbables – mille ans, dix mille ans, est-ce vraiment sérieux ? – accepte et fait entièrement confiance aux enfouissements souterrains pour deux cent mille ans, que nous prépare la science nucléaire. » A méditer.
Visionnaire, l’architecte bruxellois est à l’origine de divers concepts comme les habitarbres, la cité tressée, la cité lotus (…), autant d’exemples d’archiborescence imprégnés de biomimétisme qu’il met en œuvre dans sa réflexion sur le devenir du quartier de La Part-Dieu en 2100 et qu’il dévoile à l’occasion de ce temps fort à La Sucrière (voir l’affiche de l’exposition). Et lorsqu’on lui parle d’utopie au sujet de ses travaux, Luc Schuiten répond : « Envoyer une fusée sur la Lune dans les années 1960 était une utopie complètement folle, mais on a mis les moyens et l’énergie nécessaires. Vivre dans un environnement qui est vivant est une utopie beaucoup moins déraisonnable. »
Au terme de la visite, on ne peut pas s’empêcher de croiser l’œuvre de Luc Schuiten avec celle de Léonard de Vinci, qui avait d’ailleurs aussi en son temps imaginé une « cité idéale ». On pense également à l’univers post-apocaliptique de Linda Roux, remarqué au Musée d’Art moderne de Saint-Étienne, auquel les Cités végétales pourraient être une alternative ou une issue
salvatrice.
A lire : une interview de Luc Schuiten dans Grains de sel n° 57, p. 12.
* Luc Schuiten, Vers une cité végétale, Mardaga, 2010. ISBN : 978-2-8047-0053-9.
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