Le bonheur est dans le préau

Publié par : My dad  /  Catégorie : Le tiroir du bas

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Il suffit d’un regard dans le regard pour voir que la bouche est bouchée. Ici, chaque jour et chaque nuit, on rejoue les dégoûts du paradis, la casse du siècle. Les seuls billets qu’on trouve sont estampillés Moltonel ou Renova. Pour ceux qui ont les moyens.

Inutile de faire du Destop, la voiture balai est déjà loin. On naît dans la merde, on est dans la merde.

Heureusement, il y a des livres qui délivrent. Pas ceux qu’on force les gosses à lire (on en saigne à l’école). Sur son blog, l’essayiste Natacha Polony parle des jeunes et de l’éducation, mais elle n’y arrive pas. Elle regrette que leurs lectures tournent autour « du seul sujet qui les intéresse, eux-mêmes », mais déplore dans le même billet que « les livres qui leur parlent de l’Homme, de la société, du réel, ils ne les ouvriront jamais ». Étonnant paradoxe, sauf à considérer les jeunes comme étrangers à l’humanité, à la société et au réel. Sa sentence est sentencieuse. Elle leur prête par anthropomorphisme son étroitesse d’esprit (« ja-mais ») ! En fait, tout ce qui n’est pas de la littérature classique ne trouve grâce à ses yeux (j’aimerais savoir si elle applique la même logique à la musique). Elle préconise Daudet pour les grands dadais, méjuge les homotextuels, mais jure ses grands dieux qu’elle ne les considère pas tous comme de sales bédés !

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Alerte, la censure sociale n’est pas en panne, il faut fuir par l’escalier ! Avant leur descente en acné, j’ai préparé pour les têtes à cloque une sélection de coups de cœur, de coups de griffe et de coups de boule. Pas sûr que Natacha Polony l’apprécie… En outre, je n’ai pas mis les gros mots au régime.

Commençons par ZEP, dont Natacha Polony regrette de trouver les Titeuf (des potes, qui dépotent) dans les Centres de Documentation et d’Information (CDI). Mais un CDI sans ZEP serait un CDD (Centre de Documentation et de Désinformation) ! Non à la précarité ! Zep, ce n’est pas vraiment le genre idéal, plus gauche scato que droite catho, à faire du slap avec un slip, à mettre les fesses en string pour un effet strong. Quand il ne coince pas la bulle, il fait des planches. Je conseille prioritairement aux enfants « Le Guide du zizi sexuel », qui comprend plein d’astuces pour télécharger des e-boobs sur leurs liseuses et mater le film pour nous du samedi soir sur Canal +. :cool:

Travailler moins pour lire plus !

Gare, à ce train, celle qui veut dicter que lire finira par écrire qui élire. La diktat préparée sera au programme des primaires ; pour les plus grands, les interrogations deviendront des interrogatoires et les contrôles sur prises électriques. La sangsue censure, a l’esprit qui tique, veut tout aspirer avec le suceur de son rectuum cleaner (asspirateur en anglais). Tous les vilains petits canards seront jarretés ou chartés !

Pour leur campagne providentielle, Alain Serres et Pef nous proposent un tout autre projet de vie : « Travailler moins pour lire plus ». Lire pour réveiller la bête de somme, qui mélatonine en nous ! Voilà pourquoi Natacha Polony biffe cette littérature. Voilà pourquoi je kiffe cette littérature. Que l’on trime à chercher des rimes ou que l’on rame à trouver la trame, il faut garder l’esprit qui trique. Lire, c’est prendre son pied dans un lupanar.

Quel temps annonce la météo ? Mets-tes bas, il va faire froid ! Marion aime Nicolas à en remourir, au point de se métamorphoser pour lui en salope qui galope de pisse-froid en chaude-pisses, en pute que l’on culbute pour quelques billets. Les deux amoureux ont des atomes crochets. Il envoie ses gnons négatifs et elle se met à léviter, quand elle ne peut l’éviter. Façon Matrix. Ca doit lui filer la trique de lui spermer la gueule. « Je reviens de mourir »  d’Antoine Dole est un livre accusé de souffler le froid et le chaud, qui a suscité une polémique à sa sortie parce que publié par un éditeur jeunesse. Il donne des bouffées de chaleur. Je le recommande d’ailleurs à tous les clito-sceptiques, qui ne croient qu’en l’orgasme vaginal.

« Je mourrai pas gibier » de Guillaume Guéraud, adapté en bande-dessinée par Alfred. Vivre à Montargue, c’est vivre à ses rixes et périls. Ceux qui travaillent le bois ne peuvent pas encadrer les vignerons et les vignerons ne peuvent pas soufrer ceux qui travaillent le bois. Tous ces cons sanguins ont en commun le mauvais alcool, l’alcool mauvais (le fighting spiritueux) et la passion de la chasse. Parmi les trophées, il y a Terence, le tordu qu’on aime effrayer et Sonia, la tondue, une bombasse agricole qui aime frayer avec l’ennemi. Martial a choisi l’exode et la mécanique, mais quand il revient, on l’exhorte de choisir son camp. Alors il choisit de réécrire l’histoire, à sa manière, en improvisant un ball-trap où les pigeons doivent attraper les balles. Pull ! Il fait un carton. Pull ! A fond la caisse. Pull ! Il empile les boites crâniennes. Pull ! Les expédie en colis six morts (un des deux blessés a crevé juste après la publication du livre). Pool… of blood ! « Je mourrai pas gibier » est un survival tripal, dont l’excipit exhibe la bestialité de l’être humain.  Un regret : que le grand-père soit épargné ! twisted

ZEP et Hélène Bruller, Les trucs de Titeuf : Le guide du zizi sexuel, Glénat, 2001. ISBN : 9782723428026.

Alain Serres et Pef, Travailler moins pour lire plus, Rue du monde, 2010. ISBN : 9782355041143.

Antoine Dole, Je reviens de mourir, Éditions Sarbacane, 2008. ISBN : 9782848652030.

Guillaume Guéraud, Je mourrai pas gibier, Éditions du Rouergue, 2006. ISBN : 9782841567171.

Alfred, Je mourrai pas gibier, Delcourt, 2009. ISBN : 9782756013138.

Alphonse Daudet, Lettres de mon moulin, à lire ici.

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2 réponses à “Le bonheur est dans le préau”

  1. Steven a écrit :

    T’es en grande forme Daddy dis donc !
    Avec ce billet, c’est demi-molle au minimum.

  2. My dad is a librarian » Blog Archive » Smells like white spirit a écrit :

    [...] Après Daudet aux pré-ados, voilà qu’elle prescrit – au nom d’une culture dite « générale » – Homère et Balzac aux « juniors managers »*. J’aimerais sincèrement m’en réjouir, mais l’amour monomaniaque que Natacha Polony porte à ces grands écrivains classiques qu’elle a comme canonisés, en fait des boulets. Ses références littéraires sont quasi exclusivement extraites du Lagarde et Michard ce qui, sans faire injure aux illustres auteurs concernés, est foncièrement insatisfaisant parce qu’insuffisant. [...]

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