Darjeeling Keepers, l’été aux agrumes

Publié par : My dad  /  Catégorie : Y en a de partout

Cliquez sur l’image pour l’agrandir (photo : Darjeeling Keepers).

Les thés indiens sont comme l’été indien : leur seul évocation est une incitation à prendre le large. Je me rêve en terrasse dans un ancien comptoir. Rien ne pourrait me faire trébucher, si ce n’est un amas de hamacs négligemment déposés sur un deck (casse-teck indien). La lune est cuivrée sur le golfe du Bengale. Je m’allonge sur une chilienne bien huilée. J’aéroglisse et je m’aéroégare.

Aeroplane, par Darjeeling Keepers (tous droits réservés) :

Les Darjeeling Keepers, les biens-nommés, infusent les notes d’épices, d’agrumes et de musique. Colorée comme une poignée de smarties, leur voodoo pop (c’est ainsi qu’ils l’ont baptisée) est un courant mariné aux sonorités des seventies et mâtiné d’un groove magmatique. Me voilà harponné comme une poupée vaudou, pris dans une nasse dont je ne peux me défiler. Un hareng me harangue. Je crois que ce pédonculé est en train de me défier. Envie de le canarder à coups d’oursins, de le transpercer avec un espadon en baïonnette, mais je reste impassible à son glougou (blabla aquatique) et me contente de bailler à m’en décrocher la nageoire.

« - Saur de ma vue !
- C’est à moi que tu parles ? »

Surgi de je ne sais quel abysse, Ba Faro se recoiffe ostentatoirement face aux embruns. « J’ai envie de me peroxyder », me dit-elle. « Moi, je te préfère en brune ».

La sirène sonne le signal de la fin du concert. Les Darjeeling Keepers s’apprêtent à quitter La Seyne, ultime escale du Tour de France à la voile auquel ils ont été conviés. Le moment est venu pour moi de rejoindre Aminata, la frontwoman du groupe, pour discuter backstage.

- Aminata, peux-tu raconter la génèse du groupe ?

- Le groupe est né de ma rencontre avec Clément Dumoulin, le guitariste, alors que nous étions encore au lycée. On faisait des compos avec juste guitare et voix. A mon entrée en fac, j’ai commencé à travailler comme ouvreuse à l’Opéra de Haute-Normandie. J’y ai fait la connaissance d’un autre Clément (Clément Bargier), batteur, avec qui j’ai bien accroché. Du coup, on a commencé à répéter en trio. Les morceaux se structuraient progressivement. Clément Bargier a ensuite proposé à un ami bassiste, William, de nous rejoindre. Une répète nous a suffi à l’adopter ! Ce qui est chouette, c’est qu’on a d’abord tous accroché humainement avant de penser à la musique. A la base, Darjeeling Keepers est donc une véritable histoire d’amitié. On a joué pendant deux ans dans cette configuration. En 2010, on a ainsi pu ouvrir Ben l’Oncle Soul, Madjo et Le Prince Miiaou. Pendant ces deux années, notre musique a évolué. On est passés d’un style rock soul à un style plus pop et plus « poétique ». Le sentiment qu’il nous manquait un dernier ingrédient s’est imposé peu à peu. C’est là que j’ai proposé à Anne-Laure (ndlr : violoniste du groupe Orchester) de s’associer à nous pour apporter sa touche. Grâce à l’apport du violon, on a réussi à créer une alchimie, qui mêle la pop, l’énergie brute du rock et un côté mystique. Comme notre style n’est pas simple à définir et qu’on n’entre pas vraiment dans une case particulière, on a trouvé une expression singulière pour le définir : la Voodoo Pop.

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- D’où vient le nom Darjeeling Keepers ?

- Darjeeling est une ville de l’État indien du Bengale-Occidental. C’est de là que vient le thé du même nom. Pour s’y rendre, il faut emprunter un vieux train en bois somptueux entièrement peint avec des couleurs très vives, comme dans le film A bord du Darjeeling Limited qui nous a inspiré le nom. Littéralement, Darjeeling Keepers signifie les gardiens du Darjeeling. C’est un peu comme si nous étions les gardiens de ce magnifique train. Cela évoque les voyages, la route, les tournées… Cette dimension me tient particulièrement à cœur, car je suis moi-même métisse. Mon grand père vient de Guinée-Bissau, près du Sénégal.

- Votre musique est donc un melting pot d’influences.

- On a tous des goûts très différents, ce qui se ressent effectivement dans notre musique. Notre guitariste, qui compose la base de notre répertoire, est très influencé par les songwriters américains et par le blues. Notre violoniste, qui a suivi une formation classique, a une culture musicale très variée qui va de Beethoven à Pneu (ndlr : écoutez Pneu dans notre playlist du mois d’octobre !) en passant par la musique traditionnelle africaine et le flamenco. Notre bassiste est plutôt barré rock et pop britannique ; notre batteur est fan d’Arcade Fire et de Radiohead. Quant à moi, je suis une amoureuse des belles voix à la Cat Power, PJ Harvey, Björk, Fiona Apple et Feist.

- Comment composez-vous ?

- Notre guitariste propose une mélodie, qui constitue la base du morceau et sur laquelle je pose ma voix. On fait ensuite écouter cette trame aux autres et chacun apporte ses idées. Jusqu’ici, on n’a jamais été en panne d’inspiration ! En ce qui concerne les textes, c’est moi qui les écris. Je m’inspire du vécu et du quotidien, comme une relation amoureuse, un coup de blues ou un coup de gueule, mais j’en parle de façon suffisamment générale pour que tout le monde puisse s’y identifier.

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- Comment avez-vous été sélectionnés pour jouer sur le Tour de France à la voile ?

- C’est un concours de circonstances. Nous avions envoyé une candidature pour un tremplin qui s’appelle le rock’n'bol . Olivier Ligné, le programmateur, nous a répondu que notre musique ne correspondait pas au style attendu (en fait, un tremplin de hard rock avec un public de motards), mais que la qualité de nos compositions avait retenu toute son attention. Et comme il bossait aussi sur le tour de France, il a réussi à nous faire embarquer, non sans difficultés d’ailleurs, car pour la petite histoire, les organisateurs voulaient plutôt un groupe de reprises.

- Sur scène, vous faites d’ailleurs deux reprises, dont une plutôt inattendue.

- Oui, « Cry me a river » de Justin Timberlake, dont  j’aime beaucoup la mélodie. Le challenge était de réussir à nous l’approprier, c’est à dire à faire ressortir le côté soul du morceau tout en gardant un esprit assez rock. Concernant Portishead, « Glory box » est de mon point de vue un des plus beaux morceaux de l’histoire de la musique. On avait carrément la pression d’oser s’attaquer à ce titre, mais le but était là-aussi de prouver qu’on pouvait donner une nouvelle tonalité à une chanson très connue.

- Que vous a apporté cette expérience ?

- Le fait d’enchainer les concerts tous les soirs permet d’essayer plein de nouveaux trucs sur scène. C’est extrêmement instructif. On a appris à mieux gérer notre stress et à mieux communiquer avec le public, notamment en Espagne où ce n’était pas simple pour nous. Le groupe en est sorti encore plus soudé. Mais tourner n’est pas aussi bucolique qu’on pourrait le penser, car l’installation du matériel, son chargement, son déchargement, les kilomètres à parcourir prennent beaucoup de temps et d’énergie. Et le temps libre sert en définitive surtout à se reposer !

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- Vous proposez un CD trois titres à l’occasion de ce tour de France.

- Nous l’avons enregistré au 106, une scène de musiques actuelles chez nous en Normandie. C’est une grande salle de concert à Rouen, où il y a aussi des studios de répétition et d’enregistrement. Nous avons travaillé avec Laurent Collat, qui a mixé la démo. Et nous nous apprêtons à enregistrer un nouvel EP, qui sortira en janvier 2013 !

- Est-ce que ça bouge à Rouen et en Haute-Normandie ?

- L’ouverture du 106 a réellement boosté la scène haut-normande. Un tel lieu est extrêmement motivant pour les groupes et a permis de créer une dynamique. L’équipe du 106 organise chaque mois les « 106 expérience » : des groupes locaux sont sélectionnés pour faire un concert dans des conditions professionnelles. L’association du Kalif, qui existait déjà bien avant le 106, se bouge aussi énormément pour les groupes locaux, en programmant notamment des concerts appelés les « lundis du kalif ».  Parmi les groupes rouennais, je recommande The Blue Zips qui font un rock britannique frais et efficace. Notre coup de cœur va aux Old Battelfield Entertainer, qui jouent un blues folk vraiment très prenant. Leur son change de ce qu’on a l’habitude d’entendre.

Site officiel : darjeelingkeepers.com.

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