Sorj Chalandon devant un public très attentif à la médiathèque Antoine de Saint-Exupéry
Depuis qu’il a quitté Libération, Sorj Chalandon est un homme très occupé. D’ancien grand reporter, il est devenu nouveau grand romancier. Pour autant, l’homme de lettres semble avoir du mal à se départir de l’homme de théâtre (des opérations) qu’il était. En quatrième de couv de ses romans, il se présente toujours comme ex-journaliste d’un quotidien qu’il a quitté il y a quatre ans, suite au débarquement de Serge Juillet en July 2007. En commandant suprême des forces aliénées, Sorj Chalandon continue d’ailleurs de passer ses vacances « là où les choses se passent », comme à Ramallah ou dans la bande de Gaza (« J’écris pour me guérir du journalisme, mais le reportage me manque »).
Sorj Chalandon. Presque un oxymore. « Sorj vient de ma mère, qui était originaire du Sud-Finistère. Chalandon vient de mon père, qui était natif de Sury-le-Comtal. » Le journaliste a l’art de dépêcher les mots : « Mon écriture vient d’un handicap et de la peur de ne pas pouvoir s’exprimer, c’est une écriture de bègue. Je connais le poids des mots, on n’a pas le droit de les gâcher ! » De fait et rien que de fait, les lecteurs se prennent une manchette dès la première page de ses romans.
Bern ist überall (cliquez sur l'image pour connaître les prochains rendez-vous)
13 février 2011. Il aura fallu un référendum pour que l’on découvre que nos voisins helvètes étaient armés jusqu’aux dents ! Que leur légendaire neutralité n’était en rien l’expression d’un pacifisme, totalement fantasmé. Pour nous, la Suisse c’était Heidi et nous découvrons subitement que c’est plutôt Heido Heida ! Un vrai choc ! Un mythe qui s’écroule.
Aussi, lorsque la romancière valaisanne Noëlle Revaz, en résidence d’auteur à Saint-Étienne, convie quatre jours plus tard trois de ses compatriotes – Antoine Jaccoud, Michael Stauffer et Christian Brantschen (les 3 Suisses en personne !) – à un concert lecture « Bern ist überall » au Fil, je dois concéder une forte appréhension à me rendre à cette veillée… que je craignais d’armes.
Gare ! Quand Saint-Etienne reçoit Berne, c’est ni plus ni moins le SIG qui débarque dans le berceau du FA-MAS ! Nous décidons donc que je courrai seul le risque de me faire trouer le gruyère, femme et enfants resteront à la maison. Dans l’hypothèse hautement probable où le port d’arme soit obligatoire, je prends mon Victorinox. Je sens qu’il me faudra menacer les vigiles avec le tire-bouchon pour avoir le droit d’entrer…
Sébastien Joanniez, apéro-lecture à Reyrieux. Cliquez sur l'image pour l'agrandir.
Slam aleikoum ! Dans 13ème avenir, Sébastien Joanniez propose de la prose poétique. L’histoire qu’il déclame démarre dans une cuisine. Quoi de plus normal quand on s’appelle Seb ! C’est une histoire d’amour implosif entre une friteuse (Justine) et un grille-pain (« je »), mais ne l’appréhendez surtout pas comme un Roméo et Juliette domotique, car c’est plus d’un rodéo avec Justine dont il retourne.
Cette pièce de slam en trois actes a en effet pour fil conducteur un face à fesses entre deux ados, Justine et « moi ». Si la figure vous paraît triviale, elle n’en est pas moins représentative de la poursuite de l’adolescent. On ne sait effectivement quasiment rien de Justine, si ce n’est qu’elle a deux très beaux ye… seins ! Et accessoirement, trois tortues.
Admettons-le, les préoccupations de l’ado sont celles de tous les ados (même si, pour certains, Justine s’appellerait plutôt Justin) . Pas de salades donc, mais rien de salace. Les mots peuvent être crus, mais ne sont jamais impudiques. Personne ne peut nier que les courbes d’une silhouette féminine offrent bien plus de perspectives que l’horizon d’une rue dans une banlieue dortoir : « Les voisins se sortent la tête / puis le corps de chez eux / et me pressent de répondre au sens de ma fuite / (…) / je réponds l’évasion par un soupir / et je file à l’horizon de la rue / voir si l’air est libre / et Justine chez elle » (pp. 19-20).
Le titre peut être interprété comme une référence à la 13ème avenue à Manhattan. Dans 13ème avenir, toutes les trajectoires sont rectilignes. Des perpendiculaires permettent de prendre la tangente et d’échapper à une voie toute tracée, mais peut-on raisonnablement se projeter dans un quartier dont l’aménagement a été pensé sans ménagement ? Ici, les jeunes se biturent au bitume, s’asphyxient sur l’asphalte, avec les sens ordinaires comme seul carburant.