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Chronique hétéro sapiens

Publié par : My dad  /  Catégorie : Le tiroir du bas

Le bleu est une couleur chaude

Cet album n’a rien de gay. Les premières pages anticipent le dénouement et dès le début, ça se termine mal ! :-? Forcément, on s’interroge. Quel intérêt peut-il y avoir, dès lors, à prolonger la lecture ? Poursuivre plus loin reviendrait à accepter de s’embarquer avec Jack Dawson à bord du Titanic. Autant rester à quai !

Mais au moment de le refermer, on pense à l’engouement suscité à Angoulême par ce roman graphique (prix du public 2011). Et puis tombe cette déclaration titanesque, ultime déclaration d’un amour absolu, post-scriptum post-mortem, qui ne peut pas laisser de glace : « Tu es l’être de ma vie ». Alors on raccroche. Et on accroche !

La Terre est bleue comme une… clémentine.

Julie Maroh raconte l’histoire de Clémentine, une jeune homo sapiens de 15 ans, à qui une rencontre foudroyante révèle l’attirance pour les femmes. Ou plus précisément pour Une femme, Emma, qui se singularise par ses cheveux bleus. Leurs chemins, comme leurs destins, se croisent sur un trottoir lillois un jeudi d’octobre 1994. L’auteure laisse bien le temps au temps. Ses personnages n’en sont pas au même stade dans leur cheminement personnel. Emma n’est encore qu’une ado que sa révélation plonge dans l’émoi et le « Et moi ? ». Elle s’interroge sur ce qu’elle est et sur ce qu’elle vit. Et on s’interroge avec elle sur ce qui distingue la normalité de l’anormalité. L’apostrophe (les reproches et les insultes d’une de ses meilleures « amies ») et l’espace (d’un moment de doute et de culpabilité).

Plusieurs années passent finalement avant que le couple n’ose affirmer ses sentiments.

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Apocalypse bébé, very good trip

Publié par : My dad  /  Catégorie : La pile sur la commode

Apocalypse bébé : BOUM !!!

[Panique dans ton cul, une B.O. du roman Apocalypse bébé sur Deezer]

Noël approche. Voici une idée de cadeau super rock’n'roll pour les fêtes : Apocalypse bébé de Virginie Despentes, qui narre le trip d’un improbable duo d’enquêteuses (La Hyène alias La Hyène, l’alien mutante, accompagnée de la hiératique Lucie), dont on suit les pérégrinations entre Paris et Barcelone à la recherche de Valentine, une jeune ado paumée. Le roman peut être appréhendé comme un florilège des meilleurs moments (donc, des pires) du Droit de savoir. Souvenez-vous, cette émission prétendue de journalisme présentée par Charles Villeneuve sur TF1 à l’époque furieuse de Patrick Le Lay. Drogue, cul, homosexualité, délinquance, banlieues, Islam, Opus Dei, FAF, altermondialistes (il ne manque que les eunuques), autant de halos bleutés dans les salons qui font grimper l’audimat et peuvent même, accessoirement, remplir les urnes. Virginie Despentes n’y va pas avec le dos de la cuiller, mais franchement avec les dents de la fourchette. Pour autant, elle n’a pas besoin d’en faire des tonnes pour que cela détone. La provoc’ n’est pas fortuite, mais jamais gratuite.

Le livre donne à voir (c’est presque un film) une mosaïque de personnages issus de milieux socioculturels très différents qui, annonce la quatrième de couverture, « finissent par composer (…) le portrait d’une époque ». Nous suivons en fait des trajectoires individuelles, également considérées dans leurs relations à des communautés, qui révèlent l’ambivalence des personnalités et la complexité des rapports. L’attrait et l’atout majeurs du roman, ce sont des changements de perspective permanents. Les personnages deviennent tour à tour le pivot de l’intrigue ; ils dévoilent leur perception des événements et des autres protagonistes. Des scènes identiques sont donc présentées avec des points de vue complètements différents. Virginie Despentes, en maîtresse de cérémonie, dénoue les codes et les cordes, son écriture au scalpel fait progressivement tomber les masques.

Apocalypse bébé fait l’effet d’un roman noir en version Sims ! Le lecteur est voyeur. Au cœur de l’(ex)action. Passe en 342 pages du tréfonds des âmes au trépas des corps. Tous les voyants sont déjà au rouge, quand émane un parfum de fin du monde.

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